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Eclaircissements sur Jack Lang. Paillettes et tourments.

Publié par Diatala sur 18 Octobre 2011, 09:06am

Catégories : #Elite-Condamnation-Corruption

 

source dessin : Presque rien sur presque tout : le Blog de Gai Luron. Dessin : www.medialibre

Des bouquins « de » Jack Lang, il en aura paru cinq en 2006. Mais des bouquins sur Jack, il y en a beaucoup moins ; c’est pourquoi celui de Charbonneau et Guimier est précieux. Fondamentalement, nous n’apprenons pas grand chose sur la personnalité de Jack : culotté au possible, extrêmement angoissé, attiré par les caméras comme les moustiques par la lumière, prêt à tous les reniements imaginables, menteur, dissimulateur, éventuellement pédophile, tout cela était connu. L’intérêt du livre est ailleurs : il se trouve tout entier dans les phrases rapportées, les citations un peu off que nous n’avions pu retenir ou qui n’avaient pas été portées à notre connaissance.
 

Frère Jack

Le livre s’ouvre sur l’enfance très bourgeoise à Nancy ; magnifique demeure, mais Jack est très vite élevé par son grand-père, et non par son père. Psychanalyse un peu facile : Jack sera toujours à la recherche d’un père, PMF, Mitterrand, etc. Ce que les auteurs nomment « l’éternelle quête du père disparu[1]. »
Plus intéressant : les rapports de Jack à la maçonnerie : son père et son grand-père étaient au Grand Orient, et Roger était vénérable de la loge de Nancy. Quant à Berthe Bouchet, la grand-mère maternelle, elle était vénérable du Droit humain. Jack et la maçonnerie, une vieille histoire d’amour… Il porte d’ailleurs à l’annulaire de la main droite une magnifique chevalière maçonnique où l’on retrouve trois pyramides légèrement superposées ; héritage paternel…
Jack a été franc-maçon, mais il y a 5 ou 6 ans, il avait été viré pour « comportement incompatible avec les valeurs maçonniques », ou un truc dans le genre ; on n’en sait pas plus…
 
A 21 ans, il épouse Monique, contre l’avis du grand-père Albert Lang qui n’assistera pas au mariage et qui refusera toute sa vie de la voir. Albert Lang déteste cette femme qu’il juge prête à tout, et profondément malsaine. Ce qu’elle est.
 
Très vite, poussé par cette épouse rencontrée dans une représentation théâtrale – souvenir personnel : Jack dira qu’elle s’est rendue compte de son amour parce qu’ils étaient en collants, et que le collant de Jack avait tendance à former une proéminence au niveau du bas-ventre – Jack cherche à monter un événement mondain : le festival de Nancy. Avant qu’il ne finalise les préparatifs, et qu’il enregistre l’existence de ce festival, il lance les invitations. « Avec l’aplomb d’un joueur de poker, Jack Lang vient d’envoyer des milliers de faire-part de naissance. Il faut maintenant fabriquer le bébé ![2] » Très rapidement, à 25 ans, le festival existe ; Monique et Jack sont à la tête d’une des plus grandes manifestations mondaines de France. « En quelques années seulement, le couple Lang transforme cette paisible ville de province en carrefour mondial de la création théâtrale[3]. »
 
A 34 ans, Jack est admis au Siècle, sorte d’anti-chambre de la maçonnerie, où se rencontre le tout Paris, qu’il fût de gauche ou de droite, le monde patronal, politique, financier, journalistique. Cruellement, Hollande aura cette petite phrase : « Comme il a cette formidable capacité de se lier, même superficiellement, avec tout le monde, un club comme Le Siècle était fait pour lui[4]. »
 
A Paris, il faut que Jack se trouve un théâtre ; on lui donnera – grâce aux relations du Siècle – le théâtre de Chaillot. Un an plus tard, le théâtre est au bord de la ruine. Des scandales en tout genre couvent. André-Louis Perinetti qui reprendra le théâtre trouvera des frais de bouche des époux Lang à la hauteur de 60 000 francs (de l’époque, donc de la fin des années 70…) et refusera de les payer ; moult anomalies seront progressivement révélées. « La gestion comptable pas trop anarchique du théâtre sera d’ailleurs la raison officielle qu’évoquera Michel Guy pour justifier sa décision de ne pas reconduire Lang à la tête de cette institution publique[5]. »
Ce que l’on retient donc, c’est cette formation théâtrale de Jack lequel s’avèrera très vite un gestionnaire désastreux mais un communiquant de premier plan, aidé en cela par la discrète mais très efficace Monique. Jusqu’à aujourd’hui, les deniers publics seront, aux yeux de Jack, une sorte de fonds secrets qu’il distribuera au gré de son bon vouloir.
 

Le monarque socialiste

Puis, arrive mai 1981. Le sacre du Grand timonier de Jarnac. Le passage de l’ombre à la lumière. Première réaction de Jack : il se découvre une passion pour la randonnée ; dans une phrase affreusement cruelle, les deux auteurs décrivent les escalades de Solutré : « Régulièrement troisième de cordée derrière François Mitterrand et son labrador Baltik, Jack Lang ne rate aucune ascension de la roche de Solutré[6]. »
Une autre passion saisit le jeune Jack : les notes. Erik Orsenna qui, à l’époque, travaillait aux côtés de Tonton, se rappelle qu’environ 5 pages pleines de notes arrivaient chaque jour sur le bureau de Mitterrand. Toutes rédigées par Jack. Alors que le protocole voulait que tout passât par le secrétariat, Jack se rendait chaque jour en personne rue de Bièvre. (le QHS selon le Luron : quartier de haut socialisme…) Bref, la quête du père, toujours.
 
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Jack très heureux au début à la culture, s’y ennuie très vite. Il voudrait plus. Le quai d’Orsay. Mais il ne sait pas batailler. « C’est peut-être ce manque d’appétit pour la bagarre qui a bridé la carrière ministérielle de Jack Lang. Car, contrairement aux apparences, l’éternel ministre de la Culture s’est rapidement trouvé à l’étroit dans son palais de la rue de Valois[7]. » Jack trouve un tel ministère étriqué, inférieur à la mesure de son talent.
Fabius se souvient du jeune Jack : « Assez vite, Jack Lang a voulu autre chose que la Culture. Il m’a d’ailleurs envoyé beaucoup de notes où il m’a proposé la création d’un ‘ministère de l’Avenir’, un ‘ministère de la Civilisation urbaine’, etc[8]. » Les notes, toujours les notes. Toutefois, la victoire de Mitterrand lui donne des ailes :  tout paraît possible, la fameuse « expérience socialiste[9] » lui semble ouvrir des voies insoupçonnées. Il propose ainsi un « super-ministère de la Beauté et de L’intelligence. » Mais Mitterrand, évidemment flatté de ce fils adoptif zélé s’en méfie : il préfère le savoir tranquillement enfermé à la Culture. « Jusqu’au bout, François Mitterrand aura maintenu le maire de Blois dans sa prison dorée de la rue de Valois[10]. »
 
Ce qui est intéressant dans cette quête du père qu’il croit trouver en Mitterrand, c’est sa fidélité sans faille : alors que Jack a trahi à peu près tout le monde, Mitterrand et PMF sont les deux seuls qu’il n’a jamais trahis. Hollande, parfois peu mitterrandien, eut d’ailleurs cette sentence cruelle : « Lang a toujours été loyal avec Mitterrand. C’est normal, il lui doit tout, absolument tout[11]. » Ce qui n’est pas entièrement vrai. Avant Mitterrand, à Nancy ou à Chaillot,  Jack et Monique avaient fait preuve d’une formidable capacité à conquérir les média et les lieux de pouvoir. La seule chose que doit Jack à Mitterrand, c’est l’impunité.
 

Politique-paillette

Jack c’est avant tout son amitié avec les artistes dits « engagés ». Lors de la première séance d’assemblée nationale avec la gauche, en mai 1981, il interdit l’entrée au public anonyme et place dans les balcons Piccoli, Nicole Garcia, Laurent Terzieff, Françoise Giroud, Alain Resnais, Costa-Gavras, etc.
Vêtu d’un costume Thierry Mugler se finissant par un col Mao, il prononce un discours que l’on attribue souvent à tort à l’entrée de Mitterrand dans le Panthéon ; or, c’est bien à l’Assemblée, le 10 mai qu’il prononce ces quelques mots effroyables de soviétisme : « Le 10 mai, les Français ont franchi la frontière qui sépare la nuit de la lumière. (…). Tout est culturel. Culturelle l’abolition de la peine de mort que vous avez décidée ! Culturelle, la réduction du temps de travail ! Culturel, le respect des pays du tiers-monde ![12]… » Culturel… donc social, indépendant de la volonté du sujet. Une sorte d’immense force collective étouffera désormais le sujet, et tel est l’aspect le plus effroyable des années Lang.
 
Mais Jack doit faire face à un problème familial : à la fin du mois de mai, son frère poignarde un homme dans un bar. L’affaire est étouffée, mais elle est grave : l’homme poignardé est innocent, père de famille. Jack présente sa démission à Mitterrand, lequel la refuse. Jack, fort de cette confiance du père, se découvre plein d’idées :  déposer des roses sur des tombes au Panthéon, refuser de se rendre à un festival de films américains, quand le cinéma français va mal sous le regard outré de Finkielkraut qui écrira : « oui l’oncle Sam déverse ses séries B sur la planète entière. Il reste que Stevie Wonder est plus créatif que Michel Sardou, et que ce n’est pas la marionnette en nous qui préfère Le Parrain au Grand Pardon[13]. »
 
La dépense financière sera le mot d’ordre : le pourtant très languesque Orsenna se rappelle : « Lang commandait des œuvres et nous demandait de tout acheter, il y avait comme une boulimie. Par exemple, si on décidait d’aménager une place publique, il fallait absolument qu’il y ait une sculpture au milieu, forcément, comme si ‘quelque chose était mieux que rien’. Il voulait des installations partout[14]. »
Toutefois, dès les années 80, Jack joue un double-jeu insupportable : tout en refusant avec force média de se rendre au festival du film américain, il demande que l’Amant soit tourné en Anglais et décore Stalone. C’est ça la méthode Lang, le double-langage permanent. Ce culot n’est rien face à celui de Monique, surnommée « Madame Sans-Gêne » dans le ministère. Véritable femme de l’ombre, elle sera le bras armé de son mari. « C’est elle, maîtresse épouse, qui va procéder au tri de leurs relations au fur et à mesure de leur conquête du pouvoir[15]. »
Le 16 avril 1997, Julliard révèle dans le Canard enchaîné qu’elle a bénéficié de largesses de la Lyonnaise des eaux, en des proportions très supérieures à celles de Mme Tibéri. Mais, curieusement, elle ne sera jamais inquiétée. Deux poids deux mesures, toujours.
 

Les mœurs languesques

Mais Jack, au-delà de cette politique paillette, ce sont aussi des rumeurs sur ses mœurs. Dès le 4 avril 1981, il est le seul homme politique à s’afficher publiquement en faveur d’une marche homosexuelle. Il fréquente très souvent le Palace, célèbre boite parisienne où se déroulaient de fameuses orgies homosexuelles. Christophe Girard, le très visible adjoint de Delanoë, peut ainsi déclarer : « Jack Lang aime la subversion, il pense qu’il faut s’ouvrir à tout ce qui est porteur d’agitation[16]. » Phrase étonnante de la part de Girard, quand on y pense… Quoi qu’il en soit, à ces rumeurs d’homosexualité (que dément Séguéla « qui n’est pas un con » selon l’inoubliable formule de Desproges) s’ajoutent celles de pédophilies. C’est Gilbert Estève qui lui apportera un soir dans son bureau la nouvelle du scandale. Il aurait participé à des soirées pédophiles où des jeunes mongoliens auraient été abusés, en compagnie de Gilbert Durand, Willy Marceau, et, petit clin-d’œil à mes amis philosophes : René Schérer, le célèbre traducteur des Recherches logiques, et le célèbre commentateur de Husserl.
 
De surcroît, Schérer, Durand et Marceau sont inquiétés par la justice. Les pétitionnaires de l’époque se mobilisent : Deleuze, Glucksmann, Sartre, Kouchner, Sollers, Catherine Millet, lesquels « ne comprendraient pas que trois pédophiles ne recouvrent pas la liberté[17]. » prennent la défense des pédophiles. Schérer en profite pour publier un Emile perverti, manifeste apologétique de la pédophilie. Seul hic : Jack a évidemment signé la pétition. Il sera encore un peu plus associé à la pédophilie.
Les auteurs du livre sont très prudents sur cette question de pédophilie ; ils se contentent de rapporter quelques faits, un peu à l’image de l’Express qui, sans pencher d’un côté ou d’un autre, rappelait qu’en 1996 avait à nouveau explosé une affaire de pédophilie autour de Jack et de son épouse. « En 1996, un «blanc» - document non signé - des Renseignements généraux fait allusion à une vraie affaire de pédophilie survenue en 1988 dans le sud-est de la France et évoque, avec force détails scabreux, le couple Lang, citant des écoutes téléphoniques que personne n’a jamais entendues et qui ont été, selon la note… détruites depuis[18]. » Etrange.
 

Les amitiés particulières

Jack c’est aussi, tel un Chirac, un ami des dictateurs. L’exemple le plus frappant, c’est Castro. En 2003, certes, il réunit tous ses amis médiatiques, Deneuve, Almodovar, etc. pour dire que Castro c’est mal ; Jack applaudit beaucoup le discours de Robert Ménard qui rappelle que Castro c’est pas bien. Mais… En 95, Castro est invité par l’UNESCO à Paris. Jack, aux anges, se fait un plaisir de lui faire une petite visite privée du Louvre. Jack est aux anges. « Chemise vichy bleue, cravate noire contre uniforme vert olive, il colle à Fidel Castro, sourit aux photographes et aux caméras de télévision ! Lang est ravi, on ne voit que lui[19]. » Même Jospin sera outré à l’époque : « Il ne faut pas avoir de scrupule à dire que le régime de Fidel Castro est un régime de dictature[20]. »
Mais Jack et Castro, c’est une vieille histoire d’amour : il avait déclaré en 1982 :  « Cuba est un pays courageux qui construit une nouvelle société (…) la culture, c’est d’abord cela : la reconnaissance pour chaque peuple de choisir librement son régime politique[21]. »
Autre amitié un peu difficile à assumer : Rafik Khalifa, un des 300 hommes catalogués par Interpol comme « les plus dangereux » de la planète.

Lang 14.jpgAu-delà de ces amitiés un peu détestables, Jack semble atteint de bougeotte idéologique. Même si sa propension à dépenser l’argent public lui confère un indéniable attrait pour la gauche, il n’hésita pas en 1993, après la débâcle historique des socialistes, à contacter tous les membres du cabinet Balladur afin de se recaser. « L’artisan du 10 mai qui tourne casaque et rejoint la droite ! L’hypothèse paraît incroyable mais plusieurs témoins de l’époque assurent que l’homme s’y était parfaitement préparé. Lors d’un de ces entretiens secrets, le contenu du futur portefeuille de Jack Lang est même sommairement évoqué : « Un grand ministère, pas technique, plutôt transversal, symbolique ». précise une autre source[22]. »
Mieux, il ira jusqu’à contacter Philippe de Villiers pour lui tenir un grand discours sur la fin du clivage gauche / droite. Désormais un homme de gauche pourrait fort bien intégrer un gouvernement de droite. Sentant venir la défaite, il ne signera pas, en tant que maire de Blois, le parrainage de Jospin. En 1995, à peine Chirac est-il élu, qu’il envoie les fameuses cinq pages de notes quotidiennes au nouveau Président ; à tel point que Bernadette deviendra une grande amie de Monique. Sans commentaires…

Jack et l’argent : « la gauche Homard » (Le Point)

Cela fait plus de 20 ans que Jack n’a pas un centime sur lui ; son portefeuille est totalement dénué d’argent liquide, à l’instar de ceux de Mitterrand et Chirac. Les deux auteurs rapportent une scène inouïe, qui se déroula en 1992, au restaurant : un homme paye pour Jack, à l’aide d’une carte bleue.
Jack : « C’est quoi ça ? » « Oui, c’est quoi cette carte, comment ça marche ? »
Le type :  « eh bien c’est une carte bancaire… et elle permet de payer ! »
« Les restaurants ? »
« Oui entre autres… mais pas seulement… dans les boutiques aussi… les stations-service, les supermarchés. Un peu partout ![23] »
Discours hallucinant qui témoigne de l’ignorance absolue de la réalité quotidienne. C’est que Jack et l’argent c’est une histoire un peu tumultueuse : lorsqu’on lui évoque ses deux propriétés, celle de la place des Vosges et la résidence du Lubéron, il s’emporte : « Franchement, quand on a 60 ans, posséder un appartement de 160 mètres carrés et une petite bicoque dans le Lubéron, où est le problème ? (…) J’ai beaucoup travaillé, j’ai été consultant à Genève, grassement payé (…)[24]. » Ce n’est pas faux mais 160 mètres carré place des Vosges ce n’est pas à la portée de tout le monde et la « bicoque » dans le Lubéron, c’est un peu osé : Une belle maison de 192m² dans le Vaucluse… Plein de son habituel culot, Jack dira « C’est une petite bicoque avec un bassin. Quand on est plus de trois personnes à l’intérieur, on étouffe[25]. »
Le problème n’est évidemment pas que l’on possède de belles demeures, mais c’est que Jack n’assume pas ; une bicoque pour 192m² c’est culotté. Etouffer dans près de 200m² c’est insultant. On comprend que Jack compatisse pour des clandestins entassés dans un gymnase… Cette âme généreuse pourrait les inviter dans son 200m², les pauvres gens s’y sentiraient mieux, et Jack, qui y étouffe, n’aurait qu’à retourner place des Vosges, résidence qu’il qualifia il y a peu de « sacerdoce » chez Ardisson : « vous savez Thierry, à l’époque, habiter place des Vosges, c’était un sacerdoce, personne ne voulait y habiter, le quartier était mort. » Le culot, toujours le culot.
 
D’où tire-t-il autant d’argent ? Nul ne le sait ; peut-être des mesquineries hallucinantes de Monique qui offre à Noël des boîtes de chocolats entamées, des cravates usagées, des bibelots brisés… Jack est ainsi bien plus radin en privé qu’en public ; on apprend que lorsqu’il dirigeait la rue de Valois, des subventions proprement stupéfiantes étaient accordées aux amis sous des motifs sentant bon l’alibi. Le plus représentatif est certainement « la minute du chien », enregistrement d’une minute d’aboiements canins à l’usage des oreilles de chiens, produite par l’OCTET, société écran de détournements financiers.

 


Jack et les média

Ce portrait ne serait pas complet sans l’hallucinante présence médiatique de Jack ; tout est organisé en vue de son auto-célébration. Ainsi, en 93, après la débâcle, on entend Jack sur un plateau télé dire à son assistante sans savoir qu’il est filmé : « Que Monique aille appeler Bernard Kouchner pour qu’il dise un mot sur moi (…) Qu’il prenne mon exemple d’un homme qui a réussi dans un département traditionnel (…) Qu’elle essaie de le joindre chez lui immédiatement pour qu’il parle de moi[26]. »

Moi moi et moi ; ce sera Jack à la télé. Privilégiant TF1 au moment de sa privatisation, au grand dam des socialistes qui voyaient le grand capital satanique s’emparer de l’audio-visuel… Jack se retrouvera chez Patrick Sébastien, Foucault, Guy Lux, etc. Les émissions les plus populaires, mais aussi les plus sérieuses. Docteur Jack et Mister Lang.

Lors de la première fête de SOS-racisme, il mobilise ses amis, de Lavilliers (un amant de Jack ?) à Téléphone, pour assurer le succès de l’association, financée à la hauteur d’un million trois cent mille francs de l’époque, à condition qu’on le voie sur scène… « En clair, l’appareil d’Etat est humainement et financièrement mobilisé par Jack Lang pour assurer le lancement de SOS-racisme ![27] »
En 1998, chez Patrick Sébastien, celui-ci lui demande : « Ce soir je reçois l’homme qui a tant fait pour la magie. (…) Jack, comment faites-vous pour avoir tant d’idées, tant de punch ? » Réponse modeste de l’intéressé : « C’est normal chez moi, ça coule comme une rivière[28]. » Sans commentaires…

A Blois, il fait venir Charles Trenet qui chante sérieusement dans les maisons de retraite :
« Le maire… Le maire de Blois
Sera… Jack Lang je crois…
Car tout le monde l’aime, l’vénère…
« Sous le soleil… ou la pluie…
Le maire… le maire de Blois… [29]»
Tout cela pour faire oublier qu’il n’assiste qu’aux quatre séances municipales minimales imposées par la loi ; le reste du temps, Jack parade à Paris ; mais, fort d’une technique médiatique éprouvée, il arrive le matin, nanti d’une dizaine de costumes, se fait photographier en différents endroits de la ville dans chacun des costumes, et peut ainsi publier dans le journal local différentes photos en différents costumes, à des heures différentes ; illusion de présence…
 
C’est l’homme le plus cité dans les émissions télé ; il les a toutes faites ; les années tube, super sexy, lunettes noires, tout le monde en parle, le grand bluff, le plus grand cabaret du monde, intervilles, combien ça coûte, tournez manège (sic !), la nuit des héros, etc. En 1987, on le voit chez Patrick Sébastien en chemise blanche à rayures violettes sous un blouson de cuir et chaîne en or… Il ne recule devant rien.
Le même jour on le verra défiler un tête d’un cortège contre une délocalisation de sa région, l’air grave et miné, et le soir même il inaugurera tout sourire l’Amnésia de Johnny à Paris. Docteur Jack et mister Lang…
 
Le portrait qu’ont dressé les deux auteurs n’est pas vraiment politique ; ils ont essayé, comme le titre l’indique de mettre en lumière les perpétuelles contradictions de l’éternel ministre de l’intelligence. On reste un peu sur sa faim car la véritable profondeur du personnage, l’intellectuel, le doyen de la fac de droit, le spécialiste de droit public et de la Renaissance italienne sont exclus du livre ; on se régale néanmoins de ces petites phrases, de cette névrose des média, de la caméra, de cette volonté de plaire, d’être aimé, comme si cette enfance sans amour paternel l’avait définitivement détruit. Ce n’est pas un livre politique, c’est un compte-rendu de trahisons, de volte-faces, de quête médiatique d’une reconnaissance à l’aide de liftings et d’UV ; jamais Jack n’aura paru aussi pitoyable, aussi peu crédible. Mais si les auteurs n’abordent pas la politique de Lang, n’est-ce pas parce que les paillettes (mot que Jack dit détester) et Deneuve ne suffisent pas à constituer un programme ? Le « tout-culturel » n’est-il pas justement la plus formidable défaite du politique, voulue par ce même Jack ?


[1] Nicolas Charbonneau, Laurent Guimier, Docteur Jack et Mister Lang, Le Cherche-Midi, 2004, p. 15

[2] Ibid. p. 20

[3] Ibid. p. 21

[4] Cité page 31

[5] Ibid. p. 37

[6] Ibid. p. 42

[7] Ibid. p. 45

[8] cité p. 46

[9] Le Luron disait justement que l’expérience socialiste portait bien son nom : on ne sait pas où on va…

[10] Ibid. p. 49

[11] Cité p. 50

[12] Cité p. 54

[13] Cité p. 58

[14] Cité p. 63

[15] Ibid. p. 71

[16] Cité p. 88

[17] Cité p. 96

[18] L’Express, le 6 juin 2005

[19] Ibid. p. 101

[20] Ibid.

[21] Cité p. 103

[22] Ibid. P. 125

[23] Cité p. 107

[24] Cité p. 108

[25] cité p. 113

[26] Cité p. 73

[27] Ibid. p. 84

[28] Cité p. 116

[29] Cité p. 133

 


 

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