Marie-Amélie Lombard
Le Figaro
jeu., 20 oct. 2011
L'hôtel Carlton à Lille. Crédits photo : PHILIPPE HUGUEN/AFP
Un chef d'entreprise du Pas-de-Calais détaille des soirées à Paris en présence de l'homme politique.

Dans l'affaire à tiroirs du Carlton de Lille, un couple est en garde à vue depuis mercredi et devait être déféré au parquet jeudi soir. Fabrice P., 44 ans, dirige une société de matériel médical dans le Pas-de-Calais. Sa femme, Virginie D. est à la tête d'une société d'événementiel.

Le chef d'entreprise, par ailleurs très investi dans les milieux politiques et économiques de la région, est soupçonné d'avoir été le «facilitateur», selon l'expression d'une source judiciaire, des contacts entre Dominique Strauss-Kahn et certains membres présumés du réseau de proxénétisme. Son rôle est notamment décrit par David Roquet, mis en examen et écroué la semaine dernière.

Voici ce qu'a expliqué ce directeur d'une filiale du groupe de BTP Eiffage dans le Pas-de-Calais à propos des rendez-vous organisés à Paris: «En fait, c'est Fabrice P. qui m'a dit qu'on avait l'occasion de déjeuner avec monsieur Strauss-Kahn et qu'il apprécierait que je ramène des copines, en fait des prostituées.» La première «rencontre» aurait eu lieu en mars 2009, d'abord au restaurant L'Aventure (un club restaurant proche de l'Étoile) où les protagonistes auraient commencé à avoir des relations sexuelles avant de poursuivre leurs ébats dans un hôtel luxueux du boulevard du temple, le Murano. Deux autres rendez-vous ont lieu début et fin 2010, toujours au Murano. Le commissaire Jean-Christophe lagarde, patron de la Sûreté départementale de Lille, en garde à vue depuis jeudi matin, aurait été de la partie.

L'une de ces scènes est ainsi décrite par le chef d'entreprise: «Je suis allé avec Jade, une prostituée que René (René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton, mis en examen) m'avait fait connaître. Il y avait Fabrice et Jean-Christophe Lagarde. On s'est retrouvés à la gare et puis, à quatre, nous sommes allés sur Paris. Nous nous sommes rendus dans un hôtel, l'hôtel Murano. Nous avons mangé dans la chambre puis nous avons eu des relations sexuelles tarifées. Chacun était avec sa copine, moi j'étais avec Jade, DSK avait aussi sa copine et il y avait d'autres personnes.»

Trois voyages

Question: «Est-ce que M. Strauss-Kahn a payé quelque chose?»
- «Non, il était invité.»
- «Il était invité mais il venait avec une copine?»
- «Oui.»

Si les faits étaient établis, ils pourraient constituer de l'abus de bien social (ABS), et donc du recel d'ABS pour les bénéficiaires. La société de Virginie D. aurait, elle, pris en charge les billets d'avions de plusieurs déplacements à Washington auxquels auraient participé David Roquet, Jean-Christophe Lagarde et Fabrice P. Trois voyages ont été relevés par les enquêteurs: en décembre 2010, février 2011 et du 11 au 13 mai 2011, soit la veille du samedi 14 lorsque le patron du FMI sera arrêté à New York. Selon les éléments du dossier, David Roquet et Fabrice ont réglé les factures de l'hôtel. La filiale d'Eiffage, Matériaux enrobés du Nord, aurait réglé une large partie de l'addition - entre 12.000 et 15.000 euros.

«J'étais fasciné par DSK»

À David Roquet, les policiers demandent encore: «Comment étaient organisées ces soirées?»
Réponse du responsable du BTP: «En fait, on calait nos agendas pour organiser ces soirées.»
- «Qu'est-ce qui a motivé leur organisation?»
- «C'est Fabrice qui m'a fait connaître M. Strauss-Kahn. J'étais fasciné par ce dernier et Fabrice m'avait dit qu'il le connaissait très bien. Je voulais savoir si c'était vrai et donc c'est parti comme ça et les soirées se sont organisées. Mais ces soirées ne m'ont jamais rien amené.»
Question: «Cela a ramené quelque chose à Fabrice ou à Jean-Christophe?»
- «Non, absolument rien.»

Les éventuelles contreparties de ces «cadeaux» sont évidemment l'un des volets de l'enquête.